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DANS LE SECRET DES LACS GLACIAIRES

 

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Les lacs glaciaires représentent le plus bel héritage que les glaciers du quaternaire nous on légué. Aujourd'hui, ce sont d'agréables objectifs de randonnée. Mais il y a quelques siècles, les lacs de montagne inspiraient la peur et l'angoisse aux populations locales craignant les violentes débâcle. En partant à leur rencontre et en cherchant à connaître leur origine, on comprend mieux le modelage des Alpes par les glaciers.

 

   Durant l'ère quaternaire qui a débuté il y a deux millions d'années, les vallées alpines on été tour à tour libre de glace comme aujourd'hui, ou totalement englacées durant le paroxysme des glaciations. Il y a vingt-huit mille ans, le maximum de la dernière glaciation, dîtes le Würm, coïncide avec l'arrivée des chasseurs solutréens et la réalisation de nombreuses peinture rupestre. A l'échelles des temps géologiques, c'était hier...

 

   Durant cette période, d'immense glacier s'écoulaient dans les grandes vallées alpines. Les formes d'érosion (roche moutonnées) et les formes de dépôts (moraines) abandonnées sur les flancs des vallées nous indiquent avec suffisamment de précision l'altitude atteinte par la surface de la glace : 2600 mètres sur la Bérarde, 1100 mètres sur Grenoble, 1900 mètres sur Sallanches, 2000 mètres sur Martigny, 1200 mètres sur Genève. Une pareille épaisseur ne pouvait manquer de laisser de nombreuses traces dans le paysage.

 

Il y a 15 000 ans, lorsque les glaciers se sont retirés; les dépressions, abandonnées par la glace, ont été remplies par l'eau. Les lacs d'aujourd'hui sont directement hérités de ces grandes période de glaciation.

 

Les lacs formés par un barrage de glace ont quasiment disparu dans l'arc alpin, avec la décrue des glaciers depuis la fin du XIX ème siècle. Mais, au Petit âge glaciaire, période marquée par un refroidissement des hivers et des été qui s'étendent du XVI ème au XIXème siècle, quelques hautes vallées étaient barrées régulièrement par les langues glaciaires en crue.

 

   Au printemps 1818, à la fin de cette période de froidure, le haut val de Bagnes, vallée sauvage entaillée par les glaciers en amont de Martigny (Suisse) se trouve à la veille d'une catastrophe imminente. Depuis une douzaine d'années (entre 1806 et 1818), le glacier du Giétroz est en crue. Le front du glacier domine par une barre haute de 400 mètres la vallée de la Drance et vêle régulièrement des morceaux de glace qui alimentent un vaste cône. Ce véritable glacier régénérer barre le val de Bagne à la hauteur de l'actuel barrage de Mauvoisin. En Avril, on remarque que l'eau de la Drance est retenue au fond du val de Bagnes. Le lac ainsi formé représente un volume de 2 750 000 mètres cubes, sur 3,5 kilomètres de long. Le danger que représentait une rupture du barrage glaciaire suivie de l'écoulement subit du lac était trop grand pour ne pas tenter de prévenir la catastrophe. Les habitants du val de Bagne et de Martigny gardaient en mémoire les débâcles survenues en 1572. L'ingénieur du génie Igniatz Venetz est alors mandaté pour résoudre ce problème : il faut creuser, sous la menace continuelle des chutes de glace, un chenal à la base du cône glaciaire.

 

Comme prévu, le lac commence à se vider, son volume diminue de près d'un tiers. Mais sous l'action de l'eau, ma tranchée se creuse. Le 16 juin, " le barrage de glace cède dans un fracas épouvantable" et la masse d'eau déferle avec une violence inouïe dans le val de Bagnes. Quelques heures plus tard, on recense une quarantaine de morts et des dégâts considérables jusqu'en aval de Martigny.

 

BARRAGES

 

   Le même scénario s'est déroulé au fond de la vallée de Saas-Fee (Suisse). La langue terminale du glacier de l'Alaline et sa puissante moraine barraient le fond de la vallée, formant ainsi le lac de Matmark. Il se vidangea plusieurs fois entre le XVI ème et le XIX ème siècle, occasionnant d'importants dégâts en aval. En Suisse, le plus grand glacier des Alpes, le glacier d'Aletsch, est responsable de la formation d'un des plus beaux lac glaciaire des Alpes, le lac de Marjeelen. Situé en rive gauche, dans un vallon secondaire, entre le Strahlhorn et l'Eggishorn , son extension est de nos jour assez faible, on a peine à imaginer les dangers directement liés au volume qu'il représentait jadis. En 1878, le glacier, encore proche de son maximum du Petit âge glaciaire, présentait une épaisseur supérieure d'une centaine de mètres, le lac atteignait 80 mètres de profondeur sur une longueur de 1700 mètres.

 

   Aujourd'hui, le randonneur doit voyager à l'autre bout du monde pour voir ce type de lac. En Patagonie par exemple, où la langue du glacier Perito Moreno actuellement en crue vient buter contre la péninsule de Magallanes, créant ainsi un barrage naturel. Le niveau de l'eau monte dans cette poche et le barrage cède régulièrement sous la pression avant de se reformer. Au cours du XX ème siècle il s'est vidangé à 14 reprises. La dernière vidange ayant eu lieu le 14 mars 2004.

 

BARRAGES MORAINIQUES

 

Les lacs formés en amont d'une moraine sont plus nombreux à avoir échappé au remblaiement postglaciaire. C'est le cas du lac de Laffrey (Isère), de Retournemère (Vosges) ou bien du lac Bénit (Haute-Savoie). Citons aussi les lacs de Chalain et du Val dans le jura. Beaucoup d'entre eux ont disparu depuis la fin de la dernière glaciation. L'étanchéité d'un barrage morainique est imparfaite, particulièrement fragilisée par l'incision d'un torrent par lequel le trop plein s'échappe du plan d'eau. On parle aussi de torrent émissaire. Ainsi, depuis le retrait des glaciers de nombreux lacs ont disparut. Ce fut le cas du lac Saint-Laurent qui recouvrait encore la plaine de Bourg-d'Oisans au XIII ème siècle. Selon les chronique de l'époque écrite par Jean de Sassenage, évêque de Grenoble, le lac se vidangea une nuit de l'année 1219, conséquence de la rupture du barrage morainique. Cette vidange soudaine provoqua des dégâts considérables dans la ville de Grenoble au passage de la débâcle.

 

   Le glacier a souvent disparu depuis des millénaires, mais la présence d'une moraine formant barrage, ou barrage morainique parfois intact autorise toujours la présence du lac, à l'exemple du lac de Champex. Il doit son existence à la moraine latérale déposé par l'ancien glacier du Val Ferret, il y a quinze mille ans. Le plus bel exemple actuel est parfaitement illustré par le lac de Miage sur le versant italien du Mont-Blanc.

 

 

Le glacier et le lac du Miage

 

 

La plupart des grands lacs alpins sont hérités des grands surcreusements glaciaires, à l'exemple du lac Léman, ou du lac d'Annecy. 

 

   Lorsque le glacier rencontrait un obstacle en roche dur, le long de son écoulement, il le façonnait en verrou, à l'exemple de celui de Cluses (Haute-Savoie). Certains de ces verrous barrent complètement des vallées, entaillées seulement par la gorge du torrent sous-glaciaire. Quel que soit l'obstacle qu'il a rencontré, le glacier a toujours élargi sa vallée en amont du verrou, et l'a surcreusée ; c'est un ombilic. La présence d'ombilic constitue la preuve de l'érosion glaciaire. Seul un glacier peu creuser une cuvette, c'est le seul agent d'érosion capable de remonter une pente, une rivière en est incapable.

 

Certaines vallées présentent une succession d'ombilics, séparés par des verrous. Exemple : les vallées de l'Arve et de la Romanche. L'approfondissement des ombilics atteint souvent des valeurs considérables. Dans la vallées de l'Isère, entre Grenoble et Pontcharra, le lit rocheux s'enfonce à plus de 500 mètres sous la plaine alluviale actuelle. En amont du verrou de Saint-Maurice (vallée du Rhône), le surcreusement atteint 1000 mètres sous la ville de Martigny, soit 600 mètres sous le niveau de la mer.

 

OMBILICS

 

   Au retrait des glaciers würmiens il y a quinze mille ans, des lacs parfois très profonds se sont installés dans ces ombilics. La plupart des vallées présentaient un chapelet de profonds lacs dont certains ont été comblés en quelques millénaire par des sédiments charriés par les rivières. Si les lacs d'Annecy ou du Bourget on échappé au comblement car aucune rivière puissante ne les traverse, nombre d'entre eux n'existent plus. 

 

Au retrait du glacier de l'Isère, il y a dix-huit mille ans, un lac presque aussi grand que le Léman occupa le Grésivaudan pendant quelques millénaires avant que les alluvions de l'Isère ne le comble en totalité.

 

   De nos jours la plupart des lacs d'altitude, objets de randonnées estivales, représentent des remplissages lacustre d'anciens cirques glaciaires, à l'exemple du lac Cornu (Haute-Savoie) ou bien des lacs Audannes et du Thénéhet dans le massif du Wildhorn (massif calcaire dans le prolongement des Alpes bernoises).

Sylvain Coutterand, montagne magazine

 

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